Quelques notes sur l'auteur: Maurice N. Marchon


Diplômé en sciences économiques de l'Université de Fribourg en Suisse et Ph.D. (économie) de l'Ohio State University, Maurice Marchon enseigne l'analyse de la conjoncture et la prévision économique à l'école des HEC.

Promus titulaires, les professeurs de l'école des Hautes Études Commerciales de Montréal sont invités à donner un discours inaugural, appelé leçon inaugurale, à l'intention de la communauté universitaire. Dans le cadre de cette leçon et en tant que membre du comité du nouveau régime de retraite HEC, il a cru opportun de vous entretenir de la situation financière des régimes publics et privés de retraite. La conjoncture économique et la gestion de portefeuille étant intimement reliée, il lui a semblé utile de présenter un état de la situation aussi claire et objective que possible afin que chacun puisse mieux préparer une retraite heureuse.

COPYRIGHT © mai 1996, Maurice N. Marchon.
Dernière révision du document HTML : mercredi, 21 juin 2000.

Conversion en langage HTML par François Rainville.
Mise à jour par Jean-François Saillant.

(Stagiaires d'enseignement de Maurie N. Marchon)


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Faut-il s'inquiéter pour nos revenus de retraite ?

Table des matières

Introduction

I. Facteurs communs aux régimes publics de pension des pays de l'OCDE

Le vieillissement de la population

Le financement des régimes publics de pension

Des déficits actuariels insoutenables

Dynamique de l'épargne et l'investissement des pays de l'OCDE

Perspectives pour l'épargne et l'investissement nationaux nets

II. Les régimes de retraite au Canada

Les sources du revenu de retraite

Préparer une retraite heureuse

Maîtriser les coûts des régimes publics de pension

L'explosion des coûts du RRQ et du RPC

III. Les défis à relever

Des choix de société douloureux

Faut-il privatiser le RRQ et le RPC ?

Établir un plafond de cotisation de long terme à ne pas dépasser

IV. La stratégie pour atteindre cet objectif

  1. Capitaliser partiellement le RRQ et le RPC
  2. Porter l'âge d'admissibilité à la retraite à 67 ans ou réduire lesprestations de 7 %
  3. Faire absorber une partie du fardeau par les retraités
  4. Resserrer l'admissibilité et éliminer les abus des prestations d'invalidité
  5. Éliminer la prestation de décès et resserrer les règles sur les pensionsau conjoint survivant

Conclusion

Bibliographie



Introduction

Présenter une vision claire, complète et aussi objective que possible de la situation des régimes de retraite publics et privés du Québec et du Canada constitue l'objectif premier de cette leçon inaugurale. En second lieu, il importerait de tirer les conclusions qui s'imposent : l'adoption nécessaire et urgente des mesures qui permettraient de prévenir la faillite qui guette nos régimes publics de retraite.

La bonne nouvelle provient des régimes privés capitalisés. Ces derniers se portent généralement bien, grâce à des taux de rendement importants. Le problème réside dans les régimes publics de pension, notamment le Régime des rentes du Québec (RRQ) et le Régime de pension du Canada (RPC). Ces deux régimes ont accumulé des déficits actuariels nets de près de 700 milliards de dollars. Nous verrons qu'une partie du déficit actuariel provient du mode de financement et de la démographie, mais la crise actuelle résulte surtout de l'interférence politique. Ces régimes publics étaient supposés être des régimes contributifs en vue d'assurer un revenu de remplacement de base aux futurs retraités. En fait, ils ont été d'immenses systèmes de redistribution intergénérationnel de revenus. Saviez-vous que dix ans après l'établissement du RRQ et du RPC en 1966, les personnes qui ont cotisé depuis le début ont touché leur pleine pension. Ainsi les personnes qui ont pris leur retraite en 1976 n'ont financé qu'environ 15 % de la valeur de leur rente; celles qui prennent leur retraite en 1996 n'en ont financé, en moyenne, que près de 50 % ! Ce n'est qu'en 2006 que ces deux régimes publics parviendront à maturité et que les premiers retraités devraient recevoir leur pleine pension.

Ces régimes ont donc été utilisés pour redistribuer des revenus à nos parents. Personne ne s'en est rendu compte, car sous le couvert du mode de financement par répartition, les gouvernements ont donné l'impression que le système était sain. Dans un régime public financé sur une base de répartition, les prestations d'une année sont financées à même les cotisations des personnes employées et de leurs employeurs de l'année courante. En effet, lorsque les baby-boomers sont arrivés sur le marché du travail, ils étaient si nombreux qu'ils ont financé sans problème la pleine retraite de leurs parents et permis d'accumuler 15 millards de dollars dans le RRQ et 41 milliards de dollars dans le RPC à la fin de 1995.

Ces montants ne sont toutefois que des miettes par rapport aux engagements actuariels nets envers les baby-boomers puisque ceux-ci se chiffrent à près de 570 milliards pour le RPC et entre 125 et 140 milliards de dollars pour le RRQ. Nous nous retrouvons avec un problème qui est aussi considérableque la maîtrise des déficits budgétaires et du taux d'endettement des administrations publiques qui en a résulté.

Maintenant que la problématique est posée, cette leçon se divisera en trois parties. La première présentera les problèmes communs aux pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) afin de dégager une perspective d'ensemble sur les régimes publics de pension et leurs conséquences sur l'économie et les marchés financiers. La deuxième partie sera consacrée à la situation canadienne en ce qui a trait aux sources des revenus de retraite, c'est-à-dire aux différentes composantes du revenu de remplacement des retraités. La troisième partie proposera différentes ébauches de solution à la crise de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et du Régime de pension du Canada (RPC).


1. Facteurs communs aux régimes publics de pensiondes pays de l'OCDE


Le vieillissement de la population

Pour comprendre les problèmes reliés au système de sécurité de revenus des personnes âgées, il faut d'abord examiner l'évolution démographique. La pyramide des âges est un phénomène bien connu des démographes. En période normale, chaque classe d'âge a moins de participants. Cependant, l'explosion des naissances après la Seconde Guerre mondiale a donné lieu à la génération que l'on appelle communément les baby-boomers. Les personnes néesde 1946 à 1964 sont si nombreuses qu'elles ont créé un véritable champignon dans la pyramide des âges aussi bien au Canada que dans les autres pays industrialisés. En 1971 (figure 1), les derniers baby-boomers n'ont que 7 ans et les plus vieux ont 25 ans. En 1991, lorsque les plus jeunesont 27 ans et les plus vieux ont 45 ans, ils sont plus nombreux que les cohortes qui les suivent


Figure 1
Pyramide des âges de la population du Canada
1er juillet 1971 et 1991



Figure 2
Pyramide des âges de la population du Canada en 2041

(Projections 1 et 4 de Statistique Canada)

 


et la toupie s'est déplacée de 20 ans. Les projections de Statistique Canada pour 2041 (figure 2) montrent à quel point cette génération entraînera un vieillissement très marqué de la population. En 2041, les plus vieux auront 95 ans.

Dans le rapport de la Banque Mondiale sur la crise du vieillissement, on constate que les dépenses publiques en pourcentage du PIB consacrées aux pensions sont étroitement reliées au pourcentage de la population de plus de 60 ans (figure 3). Le pouvoir explicatif de cette variable est de 0,882 sur la base d'un échantillon de 92 pays pour des années variant entre 1985 et 1992 (World Bank, 1994). Le pouvoir explicatif de cette variable est bien supérieur à celui du revenu par habitant qui n'est que de 0,55. En fait, les dépenses augmentent un peu plus rapidementque la proportion de la population âgée de plus de 60 ans (courbe exponentielle). L'Autriche et l'Italie, qui ont déjà un peu plus de 20 % de leur population dans cette catégorie, consacrent déjà près de 15 % du PIB aux régimes publics de pension. En 1993, le Canada y consacrait 5,8 % du PIB alors que le pourcentage de la population âgée de plus de 60 ans n'était quede 16 %.

Lorsqu'on ajoute les dépenses publiques consacrées aux soins de santé et aux régimes publics de pension, le profil exponentiel de la relation entre la part du PIB consacrée à ces deux catégories de dépenses et lepourcentage de personnes âgées se maintient. Les dépenses de la santé sont proportionnelles au pourcentage de la population de plus de 60 ans (figure4), mais il existe d'importantes interactions entre ces deux catégories de dépenses.


Figure 3
Dépenses des régimes de pension par rapport
au vieillissement de la population

Figure 4
Dépenses publiques pour la santé et les retraites par rapport
au vieillissement de la population

 


Le mode d'organisation des soins de santé (public ou privé) n'est pas sans conséquences sur les besoins de revenus des personnes âgées. Le pouvoir explicatif de ces deux variables est de 0,92 sur la base d'un échantillon de 66 pays pour des années variant entre 1983 et 1992. L'Autriche, l'Italie et la Suède, qui ont le plus haut pourcentage de personnes de plus de 60 ans, consacrent plus de 20 % de leur PIB à ces deux catégories de dépenses. Selon les estimations de la Banque mondiale, le Canada, qui se situe sur la ligne de régression, consacrait 12 % de son PIB lorsque 15,6 % de sa population avait plus de 60 ans. Sur la base de cette régression, les dépenses de santé et les pensions publiques absorberaient 32 % du PIB en 2030.

Le vieillissement de la génération d'après-guerre ne fait que commencer puisque les premiers baby-boomers ont 50 ans en 1996 ; cependant, en 2030 tous les membres de cette génération auront dépassé 65 ans. La figure 5 fait bien ressortir l'explosion du pourcentage de la population de plus de 60 ans. En 2030, leur part de la population aura presque doublé dans la plupart des pays de l'OCDE. Le vieillissement de la population est accentué par la diminution du taux de fertilité, car les flux d'immigration sont relativement limités. L'Italie, l'Allemagne et le Japon se placent en tête de liste alors que le Canada se situe juste au-dessous de la moyenne. Le vieillissement de la population est inquiétant, car les régimes publics de pension sont financés sur une base de répartition. Le rapport de la population active aux personnes retraitées diminue. La figure 6 le confirme. En 1990, il y avait cinq à six travailleurs pour chaque retraité alorsqu'en 2030, ce rapport tombera entre deux et trois travailleurs par retraité.


Figure 5
Pourcentage de la population âgée de plus de 60 ans

Figure 6
Nombre de personnes en âge de travailler (15 à 64 ans)
par rapport aux retraités (65 ans et plus)

Suite de la leçon inaugurale...