Les Affaires
Entreprendre, samedi 5 juin 2004, p. 25

Jeunes entrepreneurs

De l'énergie en bouteille grâce à Bigg Juice
À 23 ans, trois jeunes entrepreneurs attaquent le marché des boissons énergétiques avec la
Reload

Bourassa, Martin

De l'énergie, ce n'est vraiment pas ce qui manque dans les locaux des Industries Bigg Juice, à Laval. On la trouve en bouteilles de 320 millilitres, sous le nom de Reload, et dans l'attitude des trois jeunes associés de 23 ans que sont Vincent "Bigg" Langlois, Frédéric "Juice" Panetta et Frédérik Chapleau.

En quelques mois, grâce à l'appui de Couche-Tard et à des efforts publicitaires considérables, ils ont réussi à bouleverser le marché des boissons énergétiques et à se tailler une place enviable auprès de la Gourou et de la Base, des boissons commercialisées par les brasseries Molson et Labatt, respectivement.

Lancée en février dernier dans les 545 dépanneurs Couche-Tard du Québec, la Reload est aussi vendue dans plus de 300 gymnases, dans 100 bars, et elle est associée à une dizaine d'événements.

La boisson rouge à saveur de fraise, conçue à base d'extraits d'herbes, dont le guarana, riche en caféine, est aussi à l'essai dans une dizaine de pharmacies Jean Coutu.

Les ventes estivales dicteront l'avenir de la Reload à l'exportation. Avec le soutien de Couche-Tard et peut-être de Jean Coutu, Bigg Juice espère pénétrer les marchés canadien et américain.

Assoiffés de réussite

Ces trois amis d'enfance ont décidé d'unir leurs forces et leur savoir-faire en mai 2003. Diplômé en marketing de HEC Montréal, Vincent Langlois n'a pas eu de mal à convaincre ses futurs associés de se lancer en affaires. Frédéric Panetta a une formation en techniques juridiques et Frédérik Chapleau, en multimédia.

"Nous voulions fonder une entreprise, mais nous ne savions pas dans quel domaine. C'est en buvant une boisson énergétique que l'idée nous est venue", dit M. Langlois.

Ils ont voulu exploiter ce qu'ils percevaient être les faiblesses des autres boissons. "Il y avait énormément de place pour de la valeur ajoutée. Autant pour le contenu que pour le contenant", dit M. Langlois.

Avec l'aide d'une entreprise spécialisée dans les saveurs, ils ont élaboré la boisson idéale. La Reload est une boisson hybride, à mi-chemin entre la boisson sportive désaltérante et la boisson énergétique. Elle se vend en bouteille de 320 ml, comparativement à 250 ml pour la concurrence, et cette bouteille longiligne est refermable.

Les trois hommes ont investi toutes leurs économies dans cette aventure, et même davantage. On parle d'une somme de 100 000 $ à laquelle se sont ajoutées des dépenses de promotion de 50 000 $ depuis février dernier. Ils pensent atteindre la rentabilité dès la première année de commercialisation.

Le trio a bénéficié d'une subvention de 24 000 $ du Fonds Jeunesse et d'une bourse de 8 000 $ du Centre local de développement de Laval. Consacrée lauréate régionale du Concours québécois en entrepreneurship, catégorie création d'entreprise agroalimentaire, Bigg Juice représentera Laval à la finale nationale à Québec.

Le défi

Les trois associés n'ont pas hésité à signer l'offre d'exclusivité de vente en dépanneur exigée par Couche-Tard. "C'était le prix à payer pour notre mise au monde", dit Vincent Langlois. Même s'ils ne regrettent pas ce geste, ils se demandent si consentir de telles ententes est une bonne chose et à partir de quel moment ces ententes d'exclusivité peuvent devenir plus néfastes qu'utiles pour une jeune entreprise comme Bigg Juice.

Le conseil

Le plus grand défi pour toute nouvelle entreprise de produits est la distribution, dit Angela Burlton, professeure d'études sur l'entrepreneuriat au Centre Dobson de l'Université McGill. Au départ, conclure une entente d'exclusivité avec un distributeur n'est pas une mauvaise chose. Le hic, c'est qu'une fois établie, elle limite la conquête du marché.

Si, à court terme, l'entente d'exclusivité procure une visibilité rapide, assure une certaine crédibilité face aux consommateurs et permet de construire sur une base solide, le manque de flexibilité risque de nuire à la longue. Le pouvoir de négociation de Bigg Juice s'en trouve réduit et elle est à la merci de ses gros fournisseurs.

Sans pour autant mettre leurs ententes en péril, il serait souhaitable qu'ils poursuivent activement leurs efforts pour percer d'autres marchés et qu'ils soient prudents avant de reconduire ou de reproduire de telles ententes.

martin.bourassa@transcontinental.ca


Illustration(s) :

Paradis, Jean-Guy
Frédéric Panetta et Vincent Langlois ont de l'énergie à revendre.


Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Fusions, acquisitions et offres publiques d'achat; Industries de l'alimentation et des boissons alcoolisées et gazeuses
Taille : Moyen, 532 mots

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Doc. : news·20040605·ZL·0030




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